Data Act : ce qu’un fournisseur cloud facture encore au client qui part en 2027

Illustration : planche de texte annotée sur l'article 29 du Data Act, avec deux baies de serveurs, une flèche de migration et une étiquette de prix barrée.

Sources vérifiées le 31 octobre 2026. Prochaine revue le 12 janvier 2027. Temps de lecture : 8 minutes.

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À partir du 12 janvier 2027, un fournisseur cloud ne peut plus facturer de frais de changement de fournisseur, frais de transfert des données compris (article 29 du Data Act). Il peut encore facturer le service lui-même, y compris pendant le préavis et la transition, et les pénalités de résiliation anticipée prévues au contrat, si elles sont proportionnées.

Il peut aussi facturer les prestations qui vont au-delà de ce qu’impose le règlement, si le client les a demandées et en a accepté le prix à l’avance. En usage simultané de plusieurs fournisseurs, le transfert de données reste facturable, sans dépasser son coût. En France, le transfert de données lors d’un changement est déjà plafonné à zéro euro depuis le 1er décembre 2025.

  • Texte : règlement (UE) 2023/2854, dit Data Act, articles 2, 25, 29, 31 et 34, considérant 89
  • Auteur : Parlement européen et Conseil de l’Union européenne
  • Date : 13 décembre 2023 ; applicable depuis le 12 septembre 2025
  • Article 29 : applicable depuis le 12 septembre 2025 ; frais de changement réduits, au coût, jusqu’au 12 janvier 2027 (le texte fait courir cette période depuis le 11 janvier 2024), puis plus aucun frais de changement
  • Qui est concerné : les fournisseurs de services de traitement de données (IaaS, PaaS, SaaS) et leurs clients, professionnels comme particuliers
  • Source primaire : texte du règlement sur EUR-Lex
Sommaire
  1. Que sont les « frais de changement de fournisseur » ?
  2. Que dit l’article 29, et à partir de quand ?
  3. Ce qui reste facturable, poste par poste
  4. Combien de temps dure un départ ?
  5. Comment on en est arrivé là
  6. Notre lecture
  7. Ce que nous ne savons pas encore
  8. Questions fréquentes
  9. Ce qui a changé depuis la publication
  10. Sources

Prenons une ETI industrielle, construite pour l’exemple, qui héberge son ERP chez un fournisseur d’infrastructure cloud et veut partir chez un concurrent en mars 2027. Son fournisseur lui présente trois postes : l’export de ses données par le réseau, l’assistance de ses équipes pendant la migration et le solde d’un engagement de trois ans signé en 2025. Après le 12 janvier 2027, le premier disparaît. Le deuxième dépend de son contenu. Le troisième reste dû s’il s’agit d’une pénalité de résiliation anticipée proportionnée prévue au contrat.

Que sont les « frais de changement de fournisseur » ?

Ce sont les frais facturés pour ce que le règlement oblige le fournisseur à faire lors d’un départ, transfert des données compris. Le Data Act les définit comme les frais, « autres que les frais de service standard ou les pénalités de résiliation anticipée », imposés au client pour les actions requises par le règlement pour changer de fournisseur, « y compris les frais de transfert des données » (article 2, point 36). Les frais de transfert sont ceux facturés pour extraire les données par le réseau (point 35) : ce que les fournisseurs appellent l’egress.

Le règlement ne définit ni les frais de service standard ni les pénalités de résiliation anticipée. Son considérant 89 donne deux repères. Les frais de service standard rémunèrent la fourniture du service lui-même et restent dus jusqu’à la fin du contrat. Un contrat à durée déterminée peut prévoir des pénalités de résiliation anticipée proportionnées, conformément au droit de l’Union ou national.

Que dit l’article 29, et à partir de quand ?

Il organise une suppression en deux temps. Jusqu’au 12 janvier 2027, le fournisseur peut facturer des frais de changement réduits, plafonnés aux coûts « directement liés au processus de changement de fournisseur concerné » (article 29, paragraphes 2 et 3). À partir du 12 janvier 2027, il ne peut plus en imposer aucun (paragraphe 1). Il doit aussi informer le client, avant la signature, des frais de service standard et des pénalités de résiliation anticipée applicables (paragraphe 4) et, le cas échéant, rendre ces informations publiques (paragraphe 6).

Ce qui reste facturable, poste par poste

PosteJusqu’au 12 janvier 2027À partir du 12 janvier 2027
Transfert des données lors d’un changement (egress)En France : zéro euro depuis le 1er décembre 2025. Ailleurs dans l’Union : au coût directement liéInterdit (articles 2, point 36, et 29, paragraphe 1)
Autres frais de changement : assistance raisonnable due au titre de l’article 25, outils d’export ou de conversion, stockage temporaireAu coût directement lié ; l’Arcep détaille les coûts admissiblesInterdits
Prestations allant au-delà de ce qu’impose le règlement, demandées par le client (exemples cités lors de la consultation de l’Arcep : audit, conseil, gestion de projet, formation)Facturables si le client en a accepté le prix à l’avanceFacturables aux mêmes conditions (considérant 89 ; Arcep, lignes directrices du 2 juillet 2026)
Frais de service standard : le prix du service lui-même, y compris pendant le préavis et la transition, où le contrat reste applicable (notre lecture de l’article 25 et du considérant 89)FacturablesFacturables
Pénalités de résiliation anticipée prévues au contratFacturables si proportionnéesFacturables si proportionnées
Transfert de données en usage simultané de plusieurs fournisseursAu coûtAu coût, sans le dépasser (article 34, paragraphe 2)
Services conçus sur mesure et versions d’essaiHors article 29 (article 31)Hors article 29 (article 31)

Pour notre ETI, l’export de mars 2027 ne peut donc plus être facturé. L’assistance ne peut l’être que si elle va au-delà de l’assistance raisonnable due au titre de l’article 25, si le client l’a demandée et s’il en a accepté le prix à l’avance. Le solde de l’engagement de trois ans peut rester dû s’il prend la forme d’une pénalité de résiliation anticipée prévue au contrat et proportionnée.

Combien de temps dure un départ ?

En principe, trois mois au plus entre la demande et la fin de la transition. Le contrat doit prévoir un préavis de deux mois au plus, puis une période transitoire de trente jours calendaires au plus (article 25). Pendant cette période, le fournisseur assiste le client et maintient le service. Le client peut prolonger la transition une fois. Si elle est techniquement irréalisable, le fournisseur doit le notifier sous quatorze jours ouvrables et proposer une autre période, de sept mois au plus. Vient ensuite une période d’au moins trente jours pour récupérer les données, avant leur effacement.

Comment on en est arrivé là

Mémoire

La France a encadré ces frais avant l’Union. L’article 27 de la loi du 21 mai 2024 (SREN) a repris la définition européenne des frais de changement et les a plafonnés au coût. Sur proposition de l’Arcep (décision 2025-0340 du 20 février 2025), l’arrêté du 17 novembre 2025 a fixé à zéro euro le plafond des frais de transfert de données lors d’un changement de fournisseur.

Le 2 juillet 2026, l’Arcep a publié deux lignes directrices. L’une porte sur les coûts que peuvent couvrir les frais de changement autres que le transfert des données. L’autre porte sur les frais de transfert en cas de recours simultané à plusieurs fournisseurs.

Ce dispositif français s’éteint le 12 janvier 2027 : l’article 64 de la loi SREN limite jusqu’à cette date l’application de ses articles 27 à 30. Le Data Act prend alors seul le relais, avec une règle plus simple : plus aucun frais de changement.

À prévoir dans les 90 jours :

  1. Client : relire les clauses de durée et de pénalité de résiliation anticipée de vos contrats cloud. Ce sont elles, avec le prix du service lui-même, qui pourront encore être facturées après le 12 janvier 2027, si les pénalités restent proportionnées.
  2. Client : demander au fournisseur ses informations sur les frais de service standard et les pénalités (article 29, paragraphes 4 et 6).
  3. Client qui prévoit de partir : vérifier que le contrat prévoit un préavis de deux mois au plus et une transition de trente jours, et faire chiffrer à part, prix accepté d’avance, toute prestation qui dépasse l’assistance prévue par le texte.
  4. Fournisseur : retirer de vos grilles, au 12 janvier 2027, les frais d’export et d’assistance au départ, et présenter comme options payantes, à prix connu, les prestations qui vont au-delà du règlement.
  5. Fournisseur qui revendique l’exception du sur-mesure : vérifier que la majorité des caractéristiques principales du service ont été conçues sur mesure pour ce client, ou que tous ses composants ont été développés pour lui ; que le service n’est pas proposé à grande échelle dans votre catalogue ; et que le client a été informé avant la signature des obligations qui ne s’appliquent pas (article 31, paragraphes 1 et 3).

Notre lecture

Après le 12 janvier 2027, ce qu’un départ coûte au client tiendra surtout à la durée d’engagement et aux pénalités de résiliation anticipée, que le règlement ne définit pas. C’est là que se concentreront les discussions. Pour un client, la négociation utile se joue donc à la signature, sur la durée et le montant de ces pénalités, plus qu’au moment du départ. Le projet d’omnibus numérique conforte cette lecture.

Ce que nous ne savons pas encore

  • Le sort de l’omnibus numérique. La proposition de la Commission du 19 novembre 2025 entend « clarifier », selon notre traduction, que les contrats à durée déterminée peuvent prévoir des pénalités de résiliation anticipée proportionnées, tant qu’elles ne font pas obstacle au changement (considérant 18). Le Conseil a arrêté son mandat de négociation le 21 octobre 2026 ; il maintient, y compris dans les régimes allégés qu’il prévoit, la suppression progressive des frais de changement et de transfert. Le Parlement européen n’a pas encore adopté sa position.
  • Comment les autorités traiteront des frais de changement présentés comme un abonnement ou une pénalité.
  • Le contenu de la foire aux questions de la Commission sur ces points (version 1.4 du 22 janvier 2026), que nous n’avons pas pu lire à ce jour.

Questions fréquentes

Les frais de sortie sont-ils déjà gratuits en France ?

Pas tous. Depuis le 1er décembre 2025, l’arrêté du 17 novembre 2025 fixe à zéro euro le plafond des frais de transfert de données lors d’un changement de fournisseur, jusqu’au 12 janvier 2027. Les autres frais de changement restent facturables au coût jusqu’à cette date. Ensuite, le Data Act interdit tous les frais de changement, partout dans l’Union.

Un fournisseur peut-il encore facturer l’egress en multi-cloud ?

Oui, quand le client utilise plusieurs fournisseurs en même temps : le transfert peut être facturé pour répercuter les coûts de sortie, sans les dépasser (article 34, paragraphe 2). Cette règle n’a pas de date de fin.

Mon contrat a été signé avant le 12 septembre 2025 : l’article 29 s’applique-t-il ?

Oui, selon notre lecture. L’article 50 ne prévoit de règle propre aux contrats déjà conclus que pour le chapitre IV, et rien de tel pour le chapitre VI, où figure l’article 29. Le mandat du Conseil sur l’omnibus propose de sortir du chapitre VI certains contrats conclus jusqu’au 12 septembre 2025, pour des services sur mesure ou fournis par des PME et de petites entreprises à moyenne capitalisation, hors infrastructure ; il maintient pour eux la suppression progressive des frais de changement et de transfert.

Ce qui a changé depuis la publication

31 octobre 2026 : publication.

Sources

  1. Règlement (UE) 2023/2854 du 13 décembre 2023 (Data Act), texte faisant foi au JO L du 22 décembre 2023 : articles 2 (points 30, 35 et 36), 25, 29, 31, 34 et 50, considérant 89. Articles consultés sur un miroir non officiel (springlex.eu), par exemple l’article 29 ; considérant 89 consulté en anglais.
  2. Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 (SREN) : article 27 ; article 64, IV.
  3. Arrêté du 17 novembre 2025 fixant le montant maximal des frais de transfert de données (JORF du 30 novembre 2025).
  4. Arcep, décision n° 2025-0340 du 20 février 2025.
  5. Arcep, communiqué du 2 juillet 2026, lignes directrices sur la migration et lignes directrices sur le multi-cloud.
  6. Commission européenne, proposition COM(2025) 837 du 19 novembre 2025 ; Conseil de l’UE, mandat de négociation (document 14756/26, 22 octobre 2026) ; fiche de procédure 2025/0360(COD).

Sur le site : le calendrier des échéances numériques et notre analyse du décret 2026-272, sur les données sensibles de l’État confiées à un cloud.