Simulateur NIS 2 de l’ANSSI : sept profils testés, trois angles morts

Illustration : planche de texte annotée sur le simulateur NIS 2 de l'ANSSI, avec un formulaire de sept lignes dont trois sont signalées en rouge.

Tests effectués le 31 octobre 2026. Prochaine revue à l’adoption de la loi française. Temps de lecture : 7 minutes.

Retour de terrainRégulation

Nous avons passé sept profils d’entreprise tech au simulateur NIS 2 de l’ANSSI, le 31 octobre 2026, tous dans des secteurs de l’annexe I de la directive. Les réponses suivent le texte : entité importante pour une entreprise moyenne, essentielle au-delà, hors champ en dessous, sauf pour les prestataires de services de confiance, visés quelle que soit leur taille.

Trois points restent à l’appréciation de l’utilisateur, sans que l’outil tranche : la prise en compte du groupe, le choix entre une activité listée et « Autre activité » et, pour un éditeur SaaS, la qualification de fournisseur de services d’informatique en nuage.

  • Outil : simulateur NIS 2 de l’ANSSI, sur la plateforme MesServicesCyber
  • Date des tests : 31 octobre 2026
  • Ce que nous avons fait : sept parcours complets, puis des essais sur l’écran consacré à la taille
  • Valeur du résultat : « strictement indicatif », selon l’outil lui-même, qui ne vaut pas enregistrement
  • Texte de référence : directive (UE) 2022/2555, dite NIS 2
Sommaire
  1. Ce que nous avons fait
  2. Ce qui fonctionne
  3. Trois angles morts
  4. Notre lecture
  5. Ce que nous ne savons pas encore
  6. Questions fréquentes
  7. Ce qui a changé depuis la publication
  8. Sources

Ce que nous avons fait

Nous avons rempli le questionnaire sept fois de bout en bout, avec les trois mêmes premières réponses : pas de désignation au titre de NIS 1, établissement en France, entreprise privée. Nous avons fait varier la taille, le secteur et l’activité, puis relevé la réponse affichée.

Le parcours compte six étapes numérotées. Pour plusieurs activités numériques, dont les services gérés et l’informatique en nuage, une question s’ajoute : le pays où sont prises les décisions de cybersécurité. C’est l’application de l’article 26 de la directive, qui rattache ces entités à l’État de leur établissement principal.

ProfilEffectifChiffre d’affairesSecteur et activité cochésRéponse du simulateur
1. Infogéreur50 à 24910 à 50 millions €Gestion des services TIC : services gérés et services de sécurité gérésEntité importante
2. Le même, compté avec son groupe≥ 25010 à 50 millions €IdemEntité essentielle
3. Éditeur SaaS ou fournisseur cloud50 à 24910 à 50 millions €Infrastructure numérique : services d’informatique en nuageEntité importante
4. Le même, compté avec son groupe≥ 25010 à 50 millions €IdemEntité essentielle
5. ESN qui coche « Autre activité »50 à 24910 à 50 millions €Gestion des services TIC : autre activitéNon régulée
6. Petit opérateur de centre de données1 à 49Moins de 10 millions €Infrastructure numérique : centres de donnéesNon régulée
7. Petit prestataire de services de confiance non qualifié1 à 49Moins de 10 millions €Infrastructure numérique : services de confiance non qualifiésEntité importante

Ce qui fonctionne

Sur ces profils, les réponses suivent la directive. Une entreprise moyenne d’un secteur de l’annexe I est classée importante, une grande essentielle (article 3). Un petit prestataire de services de confiance non qualifié reste dans le champ, puisque l’article 2, paragraphe 2, vise ces prestataires quelle que soit leur taille. Un petit fournisseur de services de centre de données en sort.

Il existe d’autres exceptions que nous n’avons pas testées : les prestataires de services de confiance qualifiés, les registres de noms de domaine de premier niveau et les fournisseurs de services DNS sont essentiels quelle que soit leur taille (article 3, paragraphe 1, point b).

Dans nos essais, l’outil n’a demandé le bilan que lorsqu’il peut changer la catégorie : avec moins de 50 salariés et un chiffre d’affaires de 10 à 50 millions d’euros, et avec 50 à 249 salariés et un chiffre d’affaires « ≥ 50 millions € ». C’est cohérent avec la définition européenne des PME, où le bilan peut maintenir une entreprise dans la catégorie inférieure. Nous n’avons pas testé le cas de moins de 50 salariés avec plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L’outil met en garde contre une confusion fréquente, cocher le secteur de ses clients au lieu du sien. Ses pages de résultat rappellent que le gouvernement peut désigner une entité au cas par cas. Elles indiquent aussi que les entités critiques au sens de la directive (UE) 2022/2557 seront entités essentielles (article 3, paragraphe 1, point f).

Trois angles morts

Le groupe

Aucune question ne porte sur les sociétés liées ou partenaires. L’accueil indique seulement que le test peut être réalisé « pour chaque entreprise filiale, ou pour le groupe ». La directive renvoie pourtant à la définition européenne des PME, qui ajoute 100 % des données des entreprises liées et, au prorata, celles des partenaires (annexe, articles 3 et 6). Un infogéreur de 80 salariés contrôlé par un groupe de 300 personnes passe donc a priori du profil 1 au profil 2. Le considérant 16 permet toutefois aux États de tenir compte de son indépendance, notamment pour ses réseaux et systèmes d’information. Le texte français en discussion ne dit pas encore comment il comptera les groupes ; nous l’avons détaillé dans notre analyse sur les infogéreurs.

La case « Autre activité »

Dans les deux secteurs que nous avons ouverts, la dernière case est « Autre activité ». Cochée seule, elle fait sortir du champ : l’ESN du profil 5, de même taille que l’infogéreur du profil 1, obtient « non régulée ». Aucune définition n’accompagne cette case. Pour une ESN qui fait à la fois de la régie et de la tierce maintenance applicative, le résultat dépend de ce choix.

La directive, elle, définit le fournisseur de services gérés par ses services : l’installation, la gestion, l’exploitation ou l’entretien de produits, réseaux, infrastructures ou applications TIC, « par l’intermédiaire d’une assistance ou d’une administration active » (article 6, point 39). C’est cette définition qui fixe le statut, pas la case cochée.

Le SaaS

L’info-bulle reprend la définition de la directive. Le service d’informatique en nuage y est « un service numérique qui permet l’administration à la demande et l’accès large à distance à un ensemble modulable et variable de ressources informatiques pouvant être partagées, y compris lorsque ces ressources sont réparties à différents endroits » (article 6, point 30). Le mot SaaS n’y figure pas.

Le considérant 33, qui éclaire l’interprétation sans avoir la force du dispositif, cite parmi les modèles de services d’informatique en nuage « les logiciels services (SaaS) », avec l’IaaS, le PaaS et le NaaS. Un éditeur SaaS de 50 à 249 salariés qui coche cette activité obtient « entité importante » (profil 3).

Notre lecture. Un éditeur SaaS dont le service répond à la définition de l’article 6, point 30, relève de cette catégorie, même sans précision de l’ANSSI. Cocher « Autre activité » ne change pas ce statut ; cela fausse seulement le résultat du simulateur.

Pour une ETI et ses filiales, avant de remplir le simulateur :

  1. Rassembler l’effectif, le chiffre d’affaires et le bilan du dernier exercice, pour chaque filiale seule et pour le groupe.
  2. Passer le test pour la filiale seule puis avec les chiffres du groupe, et conserver les deux résultats datés.
  3. Écrire en deux lignes pourquoi l’activité cochée est une activité listée ou « Autre activité », avec les contrats qui le justifient.
  4. Pour un éditeur SaaS : relire l’article 6, point 30, et le considérant 33 avant de choisir l’activité.
  5. Si le résultat, confirmé par votre propre analyse, place l’entreprise dans le champ : se pré-enregistrer auprès de l’ANSSI, démarche facultative ouverte le 24 novembre 2025.

Notre lecture

Sur nos sept profils, l’outil a classé chaque entreprise conformément à la directive dès que les chiffres et l’activité étaient justes. Les erreurs possibles se situent donc avant le test : le périmètre du groupe et le choix de l’activité. Une note datée qui justifie ces deux choix permet d’expliquer le résultat à un client, à un assureur ou à l’ANSSI.

Ce que nous ne savons pas encore

  • Si l’outil changera après le vote de la loi. Son accueil annonce qu’il sera tenu à jour « au fil des précisions apportées par la transposition ».
  • Comment la loi française comptera les groupes.
  • Si l’ANSSI précisera le cas des éditeurs SaaS et des ESN de régie.

Questions fréquentes

Le résultat du simulateur a-t-il une valeur juridique ?

Non. L’outil présente son résultat comme « strictement indicatif » et rappelle qu’il ne remplace pas une analyse approfondie, notamment juridique, qui revient à l’entité elle-même.

Passer le simulateur vaut-il enregistrement auprès de l’ANSSI ?

Non. L’outil indique qu’il ne permet pas de s’acquitter de la future obligation d’enregistrement. Le pré-enregistrement est une démarche distincte et facultative, ouverte depuis le 24 novembre 2025.

Le simulateur fonctionne-t-il pour une entreprise établie hors de France ?

Pas encore. Il indique être centré, dans un premier temps, sur les entités établies en France ; les autres choix de pays sont désactivés.

Ce qui a changé depuis la publication

31 octobre 2026 : publication.

Sources

  1. ANSSI, simulateur NIS 2 (MesServicesCyber) : tests effectués par la rédaction le 31 octobre 2026.
  2. Directive (UE) 2022/2555 du 14 décembre 2022 : articles 2, 3 (paragraphe 1, points a, b et f, et paragraphe 2), 6 (points 30 et 39) et 26, annexe I, considérants 16 et 33.
  3. Recommandation 2003/361/CE de la Commission du 6 mai 2003 : annexe, articles 2, 3 et 6.
  4. ANSSI, « NIS 2 : les entités assujetties peuvent se pré-enregistrer », 24 novembre 2025.

Sur le site : notre analyse sur le cas d’un infogéreur et la fiche NIS 2 en France.